Un projet de l’Institut Marion McCain pour l’art du Canada atlantique
e mot « communauté » est utilisé à foison de nos jours, avec apparemment autant de définitions que d’utilisateurs. On parle souvent de la communauté artistique, par exemple, sans que cette expression ait une seule et unique signification. La communauté « artistique » peut impliquer la communauté du théâtre, la communauté de la poésie, la communauté des métiers d’art, la communauté de la photographie, la communauté du cinéma, et ainsi de suite, quasiment à l’infini. L’appartenance à ces communautés peut être floue et élastique, et englober toutes les personnes qui pratiquent une technique donnée. Pour autant, les cinéastes de Hollywood et de Fredericton appartiennent-ils réellement à la même communauté? Une activité commune, si ses praticiens n’ont que des liens ténus, est-elle vraiment synonyme de communauté? Il n’existe pas une seule réponse, bien entendu, simplement plusieurs façons d’aborder la question.
L’une d’entre elles consiste à se passer du nom collectif au singulier pour parler de communautés plurielles au lieu d’une seule et même communautéUne autre consiste à se servir de ce terme pour décrire des groupes assez petits pour que leurs membres se connaissent et partagent une cause commune. Cette exposition allie ces deux stratégies.
Chaque artiste de Communautés a, dans une certaine mesure, fait de la communauté une stratégie de son œuvre. Dans ses portraits d’autres artistes de Moncton, le regretté Guy Duguay dépeint une partie de la communauté qui a grandi autour du dynamique Centre culturel Aberdeen, haut lieu de la scène artistique acadienne et francophone. La série de portraits d’Acadiens et d’Acadiennes signée Yvon Gallant pose un regard sur une communauté plus large, un peuple qui a déjoué le destin pour préserver une culture unique au Nouveau-Brunswick et dans le reste des Maritimes. Bien que dépourvues de visage, les figures de Gallant sont toutes reconnaissables aux yeux de ceux qui les connaissent, et le nombre impressionnant de « personnalités » représentées témoigne de la vitalité de la culture acadienne. Nelson White a peint sa communauté tout au long de sa carrière. Ses portraits d’artistes autochtones mettent à l’honneur les accomplissements culturels d’artistes de toute la région, ainsi que le quotidien de son territoire natal. Comme il l’écrit, il « souhaite documenter l’évolution du paysage culturel de [son] peuple ». Ce « paysage culturel » est aussi le sujet de prédilection de la peintre haligonienne Letitia Fraser, qui documente sa famille et le riche milieu culturel de la communauté noire de la Nouvelle-Écosse. Son travail présenté dans Communautés se penche sur les Afro-Néo-Écossais dans le contexte d’une autre communauté : les pédagogues noirs dévoués qui ont apporté leur pierre à la province qui l’a vue grandir.
Ode au pouvoir de la communauté, quelle que soit sa définition, cette exposition présente des œuvres qui créent des espaces d’inclusion et de reconnaissance pour certaines des communautés majeures du Canada atlantique.