Peintures de Molly Lamb Bobak, Stanley Cosgrove, Jean Phillipe Dallaire, Mark Gertler, Jack Humphrey, Michael Khoury, David Milne, JW Morrice, William Nicholson, Alfred Pellan, Joseph Plaskett, Mary Pratt, Cathy Ross et William Scott.
La hiérarchie traditionnelle des genres picturaux se composait de cinq catégories, avec au sommet la peinture d’histoire désormais à l’article de la mort, et tout au bas de l’échelle, la nature morte. Ces divisions sont désormais désuètes, bien entendu, mais pendant plusieurs centaines d’années à partir de la Renaissance, la peinture d’histoire, le portrait, la scène de genre, le paysage et la nature morte ont régné en maîtres rigides sur l’enseignement et la façon d’envisager la peinture en Occident. Si la peinture d’histoire était réputée pour son envergure, sa théâtralité et ses messages politiques, religieux et moraux, la nature morte était un genre bien plus modeste, qui mettait en scène les objets humbles qui forment le tissu de notre quotidien.
Pour les peintres, la nature morte avait aussi un objectif pratique. Une collection d’objets ne se plaignait jamais d’être peinte pendant des heures ou des jours, et n’avait aucun avis sur les compétences ou la démarche de l’artiste. La pratique est la clé du succès, et les objets muets étaient toujours disponibles pour s’exercer. Avec l’avènement du modernisme, la nature morte revint sur le devant de la scène. « Pas d’idée sinon dans les choses », proclamait un mantra moderniste qu’affectionnait le poète américain William Carlos Williams. Celui-ci avait compris la profondeur de la signification, la gamme d’émotions et les possibilités d’expression de ce qui semble banal. « Que de choses dépendent, écrit-il en 1923 dans La Brouette rouge, d’une rouge brouette, vernie par l’eau de pluie, à côté de blancs poulets1 ». La nature de ce « que de choses » est au cœur du poème, et peut-être du projet moderniste.
La nature morte était aussi propice à l’expérimentation. Les distorsions et les couleurs libres d’une grande partie des débuts du modernisme semblaient moins choquantes quand elles s’appliquaient à des objets inanimés plutôt qu’à des amis, des proches ou des clients. Ce n’est pas par hasard si la peinture cubiste, par exemple, avait pour sujet de prédilection la nature morte.
Ces catégories peuvent sembler sans importance dans la peinture contemporaine, même s’il est intéressant de constater que la peinture d’histoire et la peinture de genre, boudées depuis longtemps, font leur retour. Quant au portrait, il est plus vivant aujourd’hui que depuis des décennies. Avec le modernisme, la nature morte s’est hissée au sommet de la hiérarchie picturale. Toutefois, comme le montrent les quatorze artistes de cette exposition, que de choses encore dépendent de la représentation artistique des objets simples du réel – qui égaie, enrichit et cultive les mondes intérieurs dont se nourrit notre imagination.
Artwork: Glassy Apples, Mary Pratt, 1994, 46 cm x 61 cm, oil on canvas / huile sur toile, Bequest of Harrison McCain, c./v. c./v. / Legs de Harrison McCain, c./v. c./v.
Ray Cronin
Directeur des expositions, des collections et des initiatives de conservation.