Paysages vivants Pointes sèches couleur récentes de John Hartman

 

L’exposition Paysages vivants présente quinze œuvres en pointe sèche couleur de l’artiste canadien John Hartman, choisies parmi les œuvres que l’artiste a récemment données à la Galerie d’art Beaverbrook. Le don, qui comprend vingt-sept œuvres, inclut des peintures et des estampes de toutes les phases de la carrière impressionnante de Hartman. Cet ensemble représente deux facettes importantes de la carrière de l’artiste, soit l’évolution et le traitement du paysage dans ses œuvres et l’utilisation de la pointe sèche comme technique artistique.

Paysages vivants nous donne un aperçu du traitement du paysage en tant que sujet, qui provient de l’intérêt personnel de l’artiste pour la cartographie et le lieu. Par exemple, bien des œuvres précoces de Hartman combinent des paysages et un symbolisme narratif figuratif très évident. Il avait recours à cette technique pour relater les valeurs et les récits locaux des communautés représentées. Par contre, ses œuvres les plus récentes sont très différentes. Le mariage du symbolisme et du paysage qui distinguait autrefois ses œuvres paraît maintenant moins évident. Hartman représente plutôt des visions de villes, de villages et de paysages campagnards en tant qu’organismes vivants, à l’aide de vues aériennes. Chacun de ces paysages semble être en vie, que ce soit par l’agitation et l’énergie des villes que l’on discerne dans des œuvres telles le Pont de Londres, ou par la tranquillité non équivoque des vues sur la campagne de l’œuvre Keels. John Hartman nous montre habilement que ces paysages sont vivants et que chacun possède une personnalité unique.

De plus, ces pièces révèlent comment Hartman se sert de la pointe sèche et de quelle manière il développe cette technique; un procédé d’estampe peu commun. La pointe sèche est une technique d’estampe où, avec une aiguille sèche à pointe dure, l’on crée un motif par incision sur une plaque de métal ou d’acrylique spéciale. L’une des caractéristiques distinctives de la pointe sèche est la barbe, c’est-à-dire le copeau laissé par l’incision du trait de la pointe sèche. Dans l’encrage, la barbe retient beaucoup d’encre, ce qui donne à l’image produite sa douceur et ses lignes imprécises particulières. Ce procédé d’estampe remonte au 15e siècle en Allemagne. Cependant, au Canada, on admet généralement que l’artiste de renommée, David Brown Milne (1882-1953), a été l’un des artistes notables dont la contribution à la technique de la pointe sèche a été importante. Certains lui attribuent l’invention de la pointe sèche couleur à plaques multiples. Milne s’est beaucoup servi de cette technique dans les années 1930 et 1940.

En 1985, John Hartman a reçu une bourse du Conseil des arts du Canada afin d’étudier la technique de la pointe sèche. Plus tard cette année-là, Hartman a produit ses premières œuvres en pointe sèche couleur dans lesquelles il s’est beaucoup inspiré des œuvres de David Milne. Hartman remarque « [qu’il] a toujours admiré les pointes sèches couleur de Milne. » Les œuvres précoces en pointe sèche de John Hartman rappellent celles de Milne; tous deux se servent de peu de couleurs différentes et laissent beaucoup de zones non traitées sur la page.

Au cours des années suivantes, et la technique, et le sujet de Hartman continuent d’évoluer. Il essaie de nouvelles techniques et combine parfois la pointe sèche à d’autres procédés d’estampe, dont l’aquatinte. Au fur et à mesure qu’évoluent les œuvres de l’artiste, elles donnent l’impression de s’animer de plus en plus, et arborent souvent une vaste gamme de couleurs et de formes. Bon nombre de ses pointes sèches réunissaient des paysages et une imagerie surnaturelle et religieuse. Il tentait de symboliser ce qui, selon lui, était un monde naturel complexe et entremêlé, mais aussi les habitants de ce monde et leurs récits. « J’ai toujours cru que les gens et les lieux se créaient l’un l’autre. Bien que je sois au départ un peintre du paysage, l’expérience que j’ai des paysages que je peins m’indique que ce sont des lieux habités, explique Hartman, et que cette habitation remonte loin dans l’histoire. Lorsque je m’assieds pour faire des esquisses de paysages près de ma demeure au sud de la baie Georgienne, je suis conscient de l’histoire de ces terres-là et j’ai aussi mes propres souvenirs de ces endroits. Il semble normal que j’inclue ces éléments dans les œuvres. » Certaines œuvres du début des années 1990, dont L’ascension de Gilbert Desrochers et Cornerbrook incarnent l’évolution artistique de Hartman et en sont la preuve.

Pourtant, à partir de la fin des années 1990, une bonne partie de la technique et des sujets dans les œuvres de Hartman ont commencé à changer. Au milieu des années 2000, les pointes sèches de Hartman se démarquaient remarquablement de ses œuvres précédentes. D’un point de vue technique, elles rappellent les genres de techniques dont se servait l’artiste au milieu des années 1980, à ses débuts en pointe sèche. Les œuvres de Hartman à cette époque comptaient un plus petit nombre de couleurs, soit deux ou trois couleurs par œuvre. Le traitement clairsemé de la page était aussi apparent.

En ce qui concerne le sujet, sa pratique habituelle qui consistait à unir un symbolisme narratif et figuratif à un paysage n’était plus de mise. L’artiste mettait consciemment l’accent sur la représentation de paysages vus à vol d’oiseau, par exemple la silhouette d’une ville ou de la campagne, et les voyait comme des « organismes vivants » en soi. « Je représentais les villes comme un corps humain, remarque Hartman. Les rues étaient des veines, etc. » En ce qui concerne les villes en particulier, Hartman explique qu’il ne se sentait pas obligé d’inclure de l’imagerie symbolique expliquant cette décision ainsi : « l’aspect humain faisait manifestement partie de ces œuvres puisque je me concentrais tellement sur les points et les routes, les chemins de fer et les tours très hautes. » Dans des œuvres comme Havre Hamilton et Montréal, on voit très bien le changement de technique de Hartman en pointe sèche et de son traitement du paysage en tant que sujet.

L’exposition Paysages vivants est axée sur les œuvres de cette période de la carrière de John Hartman.

Né en 1950, John Hartman est un artiste canadien contemporain célèbre. Il a grandi à Midland en Ontario, puis a déménagé à Hamilton dans la même province où il a fait des études en beaux-arts à l’Université McMaster au début des années 1970. Depuis, Hartman s’est établi comme l’un des artistes contemporains les plus connus. Depuis plus de 35 ans, l’œuvre de Hartman est mise en vedette dans d’innombrables expositions solos et expositions de groupe. Ses œuvres se trouvent dans d’importantes collections publiques et ont été présentées dans bien des galeries d’art les plus importantes du Canada. John Hartman vit et travaille actuellement à Tiny en Ontario.

Conservateur: Meredith Briden, adjoint à la conservation à la Galerie d’art Beaverbrook. Organisée par la Galerie d'art Beaverbrook.

Œuvres présentées dans cette exposition:


John Hartman (Canadien, n.1950)
Montréal, 2008
50,8 x 38,1 cm
pointe sèche couleur sur papier
Don de l’artiste

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Pont de Londres, 2008
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 38,1 cm
Don de l’artiste

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Boston, 2008
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 38,1 cm
Don de l’artiste


John Hartman (Canadien, n.1950)
Fox Head, 1999
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 36,8 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Pointe Blow Me Down, 1999
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 38,1 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, b.1950)
Port English Ouest, 1999
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 36,8 cm
Don de l’artiste
 


John Hartman (Canadien, n.1950)
Passage The Narrows, Halifax, 2008
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 38,1 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Halifax, 2008
pointe sèche couleur sur papier
60,9 x 55,2 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Londres vue d’au-dessus de l’Isle of Dogs (île aux Chiens), 2008
pointe sèche couleur sur papier
60,9 x 55,9 cm
Don de l’artiste


John Hartman (Canadien, n.1950)
Havre Hamilton, 2004
pointe sèche couleur sur papier
60,9 x 57,2 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Cornerbrook, 1997
pointe sèche couleur sur papier
57,2 x 76,2 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Parry Sound, 2004
pointe sèche couleur sur papier
60,9 x 57,2 cm
Don de l’artiste
 


John Hartman (Canadien, n.1950)
L’ascension de Gilbert Desrochers, 1992
38,1 x 56,5 cm
pointe sèche couleur sur papier
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Keels, 1999
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 37,5 cm
Don de l’artiste
 

 

John Hartman (Canadien, n.1950)
Constituer une équipe de travail à Harbour Breton, 1999
pointe sèche couleur sur papier
50,8 x 37,5 cm
Don de l’artiste